2 morts par balle au Gabon pour un concert de casseroles

19/02/2021 – La rédaction de Mondafrique

La « révolution des casseroles » a fait deux morts au Gabon jeudi soir, dans les quartiers périphériques de la capitale, suite à l’intervention de la police, a appris Mondafrique vendredi.

Pour protester contre les restrictions anti-Covid, la société civile avait invité les Gabonais à sortir cinq minutes à partir de 20h00, du 17 au 21 février, pour un concert quotidien de casseroles dans les rues.

Les mesures de prévention contre la pandémie pèsent lourdement sur la vie quotidienne des Gabonais, avec un couvre-feu qui dure depuis près d’un an, un renchérissement significatif du coût de la vie et une obligation croissante de présentation de tests PCR négatifs hebdomadaires pour aller au travail, à l’église ou voyager à l’intérieur du pays. Les autorités gabonaises, malgré les aides financières reçues des bailleurs de fonds, n’ont pris en charge ni le coût des masques ni celui des tests PCR, commercialisés par le ministère de la Santé, pour lesquels il faut compter entre 5000 et 20 000 francs CFA.

Le concert des casseroles a commencé mercredi soir : des femmes, des hommes et des enfants répondant à l’appel et criant, chantant et tapant dans des bidons dans les rues. Mais le deuxième soir, jeudi 18 février, les forces de police et de gendarmerie anti-émeute ont poursuivi les protestataires, tiré à balles réelles et procédé à des interpellations.

Dans la soirée, deux hommes ont perdu la vie, tués par balles dans les quartiers périphériques de Libreville : Emane M’vono Djinky, étudiant en géographie à l’Université Omar Bongo Ondimba et Gildas Iloko, tué en rentrant chez lui. Le corps de ce dernier repose actuellement à la morgue de l’hôpital militaire du PK9. Des images des deux corps et de leurs plaies à l’épaule et à la tête ont circulé dès jeudi soir sur les réseaux sociaux.

« La grande majorité de la population gabonaise vit de petites activités qui sont interrompues depuis des mois. A partir de 18h00, il n’est plus possible de gérer les urgences familiales ni d’aller à l’hôpital. Il n’y a plus de taxis. Le couvre-feu est très strict », explique le père Bruno Ondo, président de Réagir, une association qui milite « pour la restauration de la démocratie et de la dignité » du peuple gabonais.  « Les mesures prises par le gouvernement vont dans le sens de l’asphyxie de la population. Pour aller dans une église, il faut faire un test PCR qui coûte 5000 francs au moins et qui n’est valable qu’une semaine. C’est devenu le fonds de commerce du gouvernement. »

Le 12 février, le Premier ministre Rose Francine Ossouka Raponda a fustigé « les comportements inciviques de la population » et annoncé le resserrement du couvre-feu, le confinement du grand Libreville, le maintien des restrictions de rassemblement à 30 personnes, le test négatif pour les déplacements à l’intérieur du pays en plus d’une autorisation spéciale des ministres de l’Intérieur et de la Défense, l’interdiction des visites à l’hôpital, ainsi que la réorganisation des brigades mixtes pour un meilleur contrôle des protocoles sanitaires et le port du masque obligatoire à l’école dès l’âge de cinq ans.