La rencontre secrète entre le général Ghediri et les Américains

La rencontre secrète entre le général Ghediri et les Américains

18/01/2019 – Nicolas Beau

Le général Ali Ghediri, dont les ambitions sont considérables, rencontrait à Paris fin mai la cellule sécuritaire de l’Ambassade des USA en France

Le général Major Ali Ghediri, un des plus fidèles collaborateurs du général Mohamed Mediène, dit Toufik, le patron tout puissant des services algériens (DRS) pendant un quart de siècle, rencontrait la semaine dernière les services sécuritaires de l’Ambassade américaine à Paris. La preuve que les réseaux de Toufik cherchent à peser sur le processus de succession du président Bouteflika.

Paris reste une base arrière fort utile quand il s’agit de se rencontrer dans la plus grand discrétion. La semaine dernière, une réunion tenue secrète a eu lieu à l’ambassade des Etats Unis en France entre les services sécuritaires américains et deux personnalités algériennes. La première était le général Ali Ghediri, un des plus proches collaborateurs du général Toufik, le chef pendant vingt cinq ans du tout puissant DRS (services algériens); la seconde était une ministre des Affaires Sociales de l’ancien Premier ministre du président Bouteflika, Abdelmalek Sellal, et par ailleurs membre du RND, le deuxième grand parti algérien.

Autrement dit les envoyés spéciaux du général Toufik sont venus sonder la crédibilité de leur patron, le général Toufik, auprès de la cellule sécuritaire américaine qui depuis Paris, suit de près l’actualité politique algérienne.

Splendeur et déclin 

Lorsqu’en 2015, la présidence algérienne, alliée alors avec l’Etat Major, obtient la mise à l’écart du général Toufik, la carrière du général Ghediri, fidèle entre les fidèles du patron des services à qui il doit ses promotions successives, va rapidement prendre fin.

Alors directeur des personnels au ministère de la Défense, ce haut gradé qui n’a jamais vraiment caché ses ambitions, se voit brutalement placé à la retraite d’office par le président Bouteflika. A l’époque, les relations s’étaient particulièrement dégradées avec l’actuel chef d’Etat Major, Gaïd Salah, dont l’hostilité à Toufik et à ses lieutenants est connue.

L’ex DRS toujours actif

Alors que le Ramadan devrait prendre fin dans une gosse semaine, les chicayas algériennes reprennent de plus belle. Sur fond de compétition acharnée  pour la succession du Président Abdelaziz Bouteflika, incapable physiquement de se représenter pour un cinquième mandat quoi que répètent ses thuriféraires.

Le général Toufik qui avait été surnommé au temps de sa gloire « Reb Dzayer » ( « le Dieu de l’Algérie ») est décidé à mobiliser ses réseaux pour peser dans la succession actuelle. Outre les services américains, avec lesquels il eut toujours de bons rapports, trois partis politiques algérien, dont les islamistes du MSP et « Jil jadid » (« Nouvelle génération ») de Sofiane Djilali, ont été approchés par ses lieutenants. Deux gradés sont aujourd’hui à la manoeuvre sur le front politique,  le général Mohamed Tahar Yala, issu de la marine et un mystérieux général « Mourad » dont Mondafrique ne connait que le surnom.

Dans le sérail algérien, beaucoup surveillent de près la tentative des amis de Toufik de reprendre cette influence sur les choix décisifs de la vie politique algérienne  qu’ils ont perdu en 2015 « Les réseaux de l’ancien DRS constituent avec l’armée la seule colonne vertébrale de ce pays. Le reste et notamment les oligarques qui se sont enrichis grâce à Abdelaziz Bouteflika et à son frère Saïd ne comptent guère et rejoindront le plus fort », affirme un bon connaisseur du pays.

Et le plus fort, comme souvent en Algérie, reste l’appareil militaire et sécuritaire, mais aujourd’hui gravement divisé.

27